Nikki de Saint Phalle

Artiste d’avant-garde, Niki de Saint Phalle (Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle) est née en 1930 d’un père issu de la noblesse française et d’une mère d’origine franco-américaine. Elle reçoit l’éducation d’une jeune fille de bonne famille en France et aux Etats-Unis. Elle est morte en 2002 en Californie où elle avait choisi de vivre depuis 1994.
D’abord mannequin pour gagner sa vie après avoir rompu avec sa famille, puis plasticienne (recycle sur un tableau des objets de la société de consommation naissante), peintre, sculptrice, remarquable graphiste et réalisatrice de films, elle laisse une œuvre colossale.
On la trouve également engagée dans les grandes causes humanitaires : la liberté des Noirs américains, la libération des femmes, les malades du Sida...
C’est une autodidacte car elle ne s’appuie sur aucun enseignement, elle ne se réfère à aucun académisme. 
Elle ne révélera qu’à 64 ans qu’à l’âge de 11 ans elle a été violée par son père. Beaucoup d’éléments de sa personnalité et de son œuvre prennent alors un jour nouveau. D’où une opposition entre une vision optimiste du monde par les formes, les couleurs et une vision plus grave, très sombre.
« J’ai toujours essayé, écrit-elle en 1993, de mettre dans mes œuvres ce que je ressentais sur le moment».
 
Elle épouse en 1949 Harry Matthews, poète à New-York dont elle aura deux enfants. La famille mène en France une vie de bohème. Elle décide alors de devenir artiste. Pour cela, elle laisse la garde de ses enfants à leur père et se donne entièrement à l’art. Elle devient très vite célèbre.
 
Elle rencontre Jean Tinguely à Paris en 1956 et leur compagnonnage artistique et amoureux durera jusqu’à la mort de Jean en 1991.
«La rivalité artistique rime avec l’amour fou, les deux se confondent et s’enrichissent dans une aventure où les deux amants puis époux, enfin amis, ne cessent de se lancer des défis, mais aussi de s’entraider, de se critiquer autant que de s’épauler. Ils signent de leurs deux noms de nombreuses collaborations et beaucoup d’œuvres». (Camille Morineau)
 
Et on la connaît à ce moment surtout par ses sculptures monumentales auxquelles elle se consacre avant tout, en particulier «Les Nanas», énormes femmes, démesurément grandes (afin de dépasser les hommes), toujours en mouvement, les jambes en l’air, traduisant selon elle «peur, violence, espoir, joie». De couleur vive, en résine, en plastique, gonflables, elles sont le symbole de l’émancipation féminine en antithèse avec la représentation classique du corps féminin. On en trouve un peu partout dans de nombreux pays. Les Nanas noires sont nombreuses car elles sont l’étendard de la cause de l’égalité des races et de celle de l’égalité des sexes.
En 1961 ce sont «Les Tirs» : après avoir fixé sur un tableau des sacs emplis de peinture de couleur, elle tire sur les poches avec une carabine. Ceci n’est guère apprécié d’autant que c’est l’époque des guerres civiles à Paris en pleine guerre d’Algérie.
Vers la fin des années 70, elle travaille à de grands projets de sculptures publiques: le Jardin des Tarots en Italie où elle a représenté par des statues monumentales les 22 atouts du jeu. Son rêve était de construire un jardin qui serait «un dialogue entre sculpture et nature».
Beauté, talent, démesure, force, optimisme, humour : quelques noms pour caractériser son œuvre. «L’imaginaire c’est mon refuge, mon palais. L’imaginaire est le bonheur, l’imaginaire existe; quand on a de la fantaisie à revendre, le rêve est un pur laboratoire mental où l’on fabrique les illusions d’un paradis solitaire».
Puis en 1976 elle entame une relation artistique et amoureuse avec Jean Tinguely et c’est ensemble qu’ils créeront «Le Cyclop» de Milly-la-Forêt.

http://www.niki-de-saint-phalle.fr/

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Jean Tinguely

Né en 1925 en Suisse et mort en 1991, il était le second mari de Niki de Saint Phalle depuis 1976 et a habité à la Louvetière avec elle où il avait installé son atelier.
C’est un sculpteur, plasticien, peintre, dessinateur qui était aussi un artiste «d’avant-garde». Ses sculptures sont le plus souvent animées, faites d’objets de récupération et émettant des bruits. On commence à le connaître à Paris en 1952. C’est l’enthousiasme mais aussi l’indignation du public.
En 1970 il commence «Le Cyclop» à Milly-la-Forêt (sans permis de construire). Il choisit l’emplacement pour quatre grands chênes qu’il intègre dans la sculpture. C’est une œuvre sculpturale en béton et en métal, recouverte à certains endroits de miroirs sur lesquels se meut la forêt. C’est une tête de géant planté dans le sol qui scrute l’environnement des bois de Milly-la-Forêt de son œil unique.
Jean Tinguely et Niki de Saint –Phalle réalisent cette œuvre sur leurs deniers personnels et de nombreux artistes viendront leur prêter main forte tout au long de la réalisation échelonnée sur 25 ans depuis 1969, longue période faite de travail intense et d’interruptions.
L’ambiance y est familiale et festive. Vandalisée à maintes reprises, l’œuvre considérée comme provocatrice sera donnée à l’Etat et inaugurée par le Président de la République François Mitterrand en 1994, 3 ans après la mort de Jean Tinguely.
Les nombreux amis artistes qui ont collaboré avec Jean et Niki ont apporté leur touche personnelle, «leur œuvre», offrant une vision de l’histoire de l’art de l’époque. L’idée du Cyclop est née de la volonté de Jean de lier la collaboration entre plusieurs artistes majeurs du 20esiècle.
«C’est une œuvre d’une richesse hors normes, hors du commun, qui tintinnabule, gronde et s’offre en pleine forêt. Une œuvre qui met en branle des relations amoureuses, des amitiés, un travail édifié ensemble, à plusieurs mains, un engagement politique. Le Cyclop est une utopie en marche», écrit François Taillade, Directeur de l’Association Le Cyclop.
Fait de béton et d’acier, de matériaux recyclés, le Cyclop est haut de 22 m 50 et pèse 300 tonnes. Il est fait de trois niveaux. Sa tête, au seul œil, rappelle celle du Cyclope de la mythologie grecque. Sa langue est un toboggan qui retombe dans un bassin d’eau et sa face comporte divers miroirs qui reflètent la forêt, son oreille droite oscille. On y pénètre au dos par une lourde porte; il produit des bruits sourds. A l’intérieur, les visiteurs découvrent des œuvres variées, visuelles et sonores, ainsi que des engrenages de ferrailles qui forment la machinerie. Un wagon est perché dans les arbres. Le spectateur, lui, s’intègre aussi à l’ensemble en actionnant des machines et en produisant des sons puisqu’il y pénètre.
Le Cyclop se visite comme un musée qui révèle un univers riche, tout à la fois grave et plein d’humour, un dédale d’œuvres d’art et de curiosités.
Le Cyclop, côté «cerveau», siège des pensées et réflexions, sera élaboré par Jean Tinguely par un circuit complexe qui s’incruste à l’intérieur par des circonvolutions faites de tubes creux où évoluent des boules d’acier propulsées par un mécanisme.
Sur la face «visage» de Niki de Saint-Phalle, entièrement recouverte de mosaïques de miroirs, fantastique et grotesque, s’ouvre une bouche à la langue qui se déroule laissant s’écouler de l’eau dans un bassin.
L’œil du Cyclop, immense, occupe presque tout le front et l’iris, tel un «phare» balayant l’espace et les arbres environnants. Les miroirs sur cette face de creux et de bosses reflètent la mouvance et la couleur du feuillage des arbres.
 
«L’association Le Cyclop de Jean Tinguely accompagne aujourd’hui des artistes dans la conception d’œuvres autour de trois thèmes liés à son histoire: la création en commun, la performance et les correspondances entre la musique et les arts visuels. Ces productions artistiques sont montrées en pleine forêt, à l’état brut» (François Taillade).
 
Nous remercions chaleureusement Monsieur Philippe Lecoy pour ses documents que nous reproduisons parfois en italique. Nous remercions aussi Madame Bloum Cardenas, petite-fille de Niki de Saint-Phalle que nous avons rencontrée et qui nous a livré d’émouvants souvenirs de sa grand-mère et de Jean qui fut «son premier grand amour» alors qu’elle n’était encore qu’une petite fille.


https://www.tinguely.ch/fr/tinguely/biographie-jean-tinguely.html



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